
Plusieurs lois en République démocratique du Congo sont parfois foulées aux pieds par ceux-là mêmes qui sont censés les faire respecter. À cet égard, le décret n° 17/018 du 30 décembre 2017, en vigueur depuis le 30 juin 2018, interdisant la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sacs, sachets et autres emballages en plastique sur toute l’étendue du pays pour lutter contre la pollution, semble être tombé dans l’oubli.
À Kinshasa, cette défaillance se traduit concrètement par une pollution persistante des cours d’eau, devenue l’un des défis environnementaux les plus préoccupants. Aucune mesure concrète n’est véritablement mise en œuvre par les autorités.

Dans plusieurs communes, des rivières sont envahies par des montagnes de déchets plastiques, obstruant l’écoulement des eaux et exposant les populations à de multiples risques sanitaires, notamment la prolifération des maladies hydriques, le paludisme et bien d’autres.
Par exemple, sur les rives de la rivière Funa, le constat est alarmant.
Des sacs plastiques, bouteilles et autres déchets s’accumulent au vu et au su des autorités, bloquant le passage normal de l’eau. À cela s’ajoute l’odeur nauséabonde qui s’en dégage, témoignant de la dégradation avancée de cet écosystème.

« Nous vivons avec ces immondices tous les jours. L’eau ne circule plus normalement et, dès qu’il pleut, c’est catastrophique. Les autorités doivent agir », déplore Eugène Tshela, habitant de l’avenue Funa, dans la partie non démolie.
Pourtant, chaque samedi, l’opération de salubrité publique, communément appelée « salongo », est censée contribuer à l’assainissement de la ville. Mais sur le terrain, les résultats peinent à se faire sentir. Entre les avenues Bongolo et Mompono, le long de la rivière Kalamu, les déchets continuent de s’imposer comme une norme.
Un habitant, ayant requis l’anonymat, pointe du doigt le comportement de certains riverains :
« Ce sont les habitants eux-mêmes qui jettent les ordures dans la rivière. Il n’y a pas de discipline. Même après le curage, les déchets reviennent aussitôt », a-t-il déclaré.
À quelques encablures de là, entre le rond-point Victoire et le boulevard Sendwe, la situation reste préoccupante. Bien que cette rivière bénéficie régulièrement d’opérations de curage, des amas de plastiques continuent de longer ses berges et d’obstruer certains tronçons.

Sur la rivière Mososo, précisément vers le boulevard Lumumba, la situation est encore plus critique. Considérée comme l’un des principaux points noirs en matière de pollution des cours d’eau à Kinshasa, cette rivière est envahie par d’importants tas de déchets plastiques qui bloquent totalement la circulation de l’eau.
Donatien, habitant de Limete Dilandos, dénonce également l’impact des infrastructures défaillantes : « Ce collecteur d’eau est complètement bouché par les déchets. Il y a même un gros tuyau de la REGIDESO qui gêne le passage de l’eau. Tant qu’il ne sera pas déplacé ou surélevé, le problème persistera, même si l’on nettoie. »
Avec une production estimée entre 10 000 et 15 000 tonnes de déchets ménagers et industriels chaque jour, selon la Régie de gestion des déchets en 2025, Kinshasa fait face à une pression environnementale croissante.
L’absence d’un système efficace de gestion des déchets, combinée à l’incivisme de certains citoyens et aux constructions anarchiques, transforme progressivement les rivières en décharges publiques.
Jevic Ebondo