
Acheter du pain, payer le transport, régler un loyer ou faire ses courses avec des billets de dollars : cette réalité bien ancrée dans le quotidien de nombreux Congolais pourrait progressivement évoluer. Mais contrairement aux rumeurs, il ne s’agit pas d’une suppression du dollar en République démocratique du Congo.
Mardi 28 avril, lors du briefing de presse animé à Kinshasa avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a tenu à clarifier la portée de la réforme monétaire envisagée.
« Qu’on ne fasse pas d’amalgame : il n’y aura pas d’interdiction des transactions en dollars », a-t-il insisté, balayant les inquiétudes sur une disparition du billet vert à l’horizon 2027.
Une réforme orientée vers la digitalisation du dollar
Pour André Wameso, l’objectif n’est pas d’interdire la devise américaine, mais d’encadrer davantage son utilisation en privilégiant des circuits formels et numériques.
Il parle plutôt d’une orientation permettant de réaliser les transactions en dollars par des moyens structurés, notamment via la monnaie électronique, la monnaie digitale, les cartes bancaires ou les virements.
« Il y aura tout simplement une obligation de pouvoir réaliser ses transactions en dollars par la monnaie structurelle, c’est-à-dire monnaie électronique, monnaie digitale, digitalisation, virement bancaire, et j’en passe », a-t-il expliqué.
Autrement dit, les Congolais pourront toujours détenir des dollars, mais leur usage direct en espèces dans certaines transactions pourrait être progressivement remplacé par des opérations numériques ou par une conversion préalable en francs congolais.
« On pourra les détenir seulement quand on voudra faire une transaction, vous prenez vos dollars, vous les mettez sur votre compte en dollars qui ne sera pas fermé », a précisé le gouverneur.
Ce qui pourrait changer dans la vie quotidienne
Dans les faits, cette réforme pourrait transformer plusieurs habitudes courantes.
Les paiements en billets verts pour certaines dépenses, qu’il s’agisse du loyer, de frais scolaires, de services ou d’achats dans certains commerces, pourraient devenir moins fréquents au profit de solutions numériques ou de transactions en monnaie nationale.
Pour une population largement habituée au cash, notamment dans les marchés, les transports ou le secteur informel, cette transition pourrait nécessiter une adaptation progressive.
Wameso défend une conjoncture économique favorable
Pour justifier cette orientation, André Wameso met en avant des indicateurs économiques qu’il juge encourageants.
Le gouverneur affirme que l’inflation est maîtrisée et que le taux de change reste stable, des éléments qu’il considère comme des signes d’amélioration de la situation macroéconomique.
Selon lui, cette stabilité profite directement aux Congolais rémunérés en monnaie nationale.
Il évoque ainsi « une nette amélioration du pouvoir d’achat pour ceux qui perçoivent leurs salaires en franc congolais ».
Dans cette logique, il encourage également la population à renforcer sa confiance dans la monnaie nationale, notamment à travers l’épargne en francs congolais.
Sur le papier, la réforme vise à moderniser le système financier, à renforcer le rôle du franc congolais et à améliorer la traçabilité des flux monétaires.
Mais dans la pratique, plusieurs défis restent posés : accès limité aux services bancaires, faible inclusion financière, dépendance au cash et perception persistance du dollar comme valeur refuge.
Pour de nombreux Congolais, le véritable enjeu sera moins l’annonce de la réforme que sa mise en œuvre dans un quotidien où la débrouille repose encore largement sur l’argent liquide.
Le message d’André Wameso se veut donc rassurant : il ne s’agit pas de supprimer le dollar, mais de transformer progressivement la manière dont il circule dans l’économie congolaise.
Rédaction