
À Komanda, en territoire d’Irumu dans la province de l’Ituri, des enfants déplacés poursuivent leur scolarité dans des conditions marquées par une grande précarité, au cœur d’une zone encore touchée par l’insécurité liée aux attaques des rebelles ADF.
Sous un ciel chargé annonçant la pluie, les élèves empruntent chaque matin des chemins de terre détrempés pour rejoindre leurs écoles improvisées. En uniforme, certains tiennent leurs sandales à la main pour éviter de les perdre dans la boue, d’autres marchent pieds nus, déterminés à ne pas renoncer à l’école malgré les difficultés.

C’est le constat fait sur place par le correspondant de Authentic360, qui décrit des conditions d’apprentissage particulièrement difficiles dans cette partie de l’Ituri.
À proximité des habitations de fortune des familles déplacées, les salles de classe ont été installées de manière rudimentaire. Il s’agit de petites structures en bois, souvent mal assemblées, avec des murs partiels faits de planches, de bâches ou de branchages. Ces salles restent largement ouvertes, laissant circuler librement le vent et la poussière.
Les toitures, lorsqu’elles existent, sont constituées de matériaux de récupération, insuffisants pour protéger efficacement contre la pluie. Dès les premières intempéries, l’eau s’infiltre, perturbant le déroulement des cours et obligeant parfois les élèves à se déplacer à l’intérieur des salles pour éviter les zones mouillées.
À l’intérieur, les conditions restent tout aussi précaires. Les élèves s’assoient sur des bancs rudimentaires en bois ou sur des supports improvisés. Le mobilier scolaire est insuffisant et les classes sont souvent surchargées. Les cahiers et fournitures sont protégés avec soin pour éviter les dégâts liés à l’humidité.
Dans plusieurs écoles de la zone, notamment Kasuhire, Suni et Mwanga, la situation est similaire. À l’école primaire Suni, déplacée à Komanda depuis 2023 à cause de l’insécurité, les interruptions de cours sont fréquentes lors des pluies.
Le directeur de l’établissement, Zephanie Ngahangondi, témoigne : « Quand il pleut, les enfants fuient parce que l’eau traverse les bâches de partout. Beaucoup étudient sans chaussures, sans cahiers suffisants et dans des conditions qui ne permettent pas une bonne concentration. Malgré cela, ils continuent à venir apprendre », dit-il.
Les enseignants évoluent eux aussi dans des conditions difficiles, avec très peu de matériel pédagogique. « Les enseignants travaillent pratiquement à mains nues, sans matériels pédagogiques. Pourtant, nous continuons pour éviter que ces enfants perdent totalement espoir à cause de la guerre », ajoute-t-il.
Les risques sanitaires sont également préoccupants. L’humidité constante et l’exposition répétée aux intempéries fragilisent la santé des élèves, dont certains tombent régulièrement malades.
« Les élèves restent souvent dans l’humidité. Certains tombent malades à cause du froid et de la pluie. Même pour s’asseoir, les conditions sont très difficiles », explique Kahindo Lajoie, enseignante de deuxième année.
Malgré tout, les enfants continuent de fréquenter l’école chaque matin, portés par la volonté de poursuivre leur apprentissage dans une région encore marquée par les violences et les déplacements de population.
Reagan Bin Kakani, à Komanda.