
Elle circule discrètement dans plusieurs quartiers de Kinshasa. Vendue dans la clandestinité, souvent loin des regards, cette substance psychoactive connue sous le nom de « Bonsaï » gagne progressivement du terrain auprès de nombreux jeunes.
Derrière son faible volume et son prix relativement accessible se cachent pourtant des effets particulièrement puissants qui inquiètent professionnels de santé et familles.
Dans une rue de la commune de Limete, Hénock (nom d’emprunt), un jeune d’une vingtaine d’années, nous conduit jusqu’à l’un des revendeurs de cette substance. Très méfiant, ce dernier refuse d’être photographié ou identifié.
« Une dose coûte aujourd’hui 5 000 francs congolais. Cela représente à peu près le prix de deux bouteilles de bière », explique-t-il brièvement avant de disparaître.
Pour Hénock, la différence entre le Bonsaï et les autres substances déjà connues des consommateurs est nette.
« Ce n’est pas comme le cannabis traditionnel qu’on peut trouver à 1 000 francs. Malgré la petite quantité vendue, les effets sont beaucoup plus forts. Certains l’appellent aussi “cache”. Généralement, on le roule avec une feuille Rizla avant de le fumer », raconte-t-il.
Lorsqu’on l’interroge sur les différences entre le Bonsaï, l’amné et le cannabis communément appelé « diamba », le jeune homme insiste sur la puissance de cette nouvelle substance.
« Une seule bouffée peut provoquer des effets très intenses. Certaines personnes perdent momentanément le contrôle de leurs comportements. Lors des premières consommations, il arrive que des proches pensent que la personne a perdu la raison tellement les réactions peuvent être inhabituelles », témoigne-t-il.
Comme de nombreux consommateurs rencontrés dans différents quartiers de la capitale, Hénock affirme avoir lui-même été surpris par la violence des effets lors de sa première expérience.
« J’ai ressenti quelque chose de très fort. On a l’impression d’être complètement déconnecté de la réalité. Mais les réactions varient d’une personne à l’autre », ajoute-t-il.
Sur le terrain, plusieurs habitants évoquent également des cas de jeunes devenus dépendants après quelques mois seulement de consommation. Dans certains quartiers, le Bonsaï est désormais cité parmi les substances les plus préoccupantes en raison de sa popularité croissante auprès des adolescents et des jeunes adultes.
Face à cette situation, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Psychoclinicien au Centre de santé mentale Telema, dans la commune de Matete, Josué Ozowa explique que le Bonsaï est une substance psychoactive aux conséquences parfois lourdes.

« À court terme, la consommation peut provoquer une euphorie excessive, des troubles de la perception, une perte de concentration ou encore des comportements paranoïaques. Certaines personnes disent voir des choses qui n’existent pas ou avoir l’impression que leur environnement est en mouvement », explique-t-il.
Selon le spécialiste, les risques deviennent encore plus préoccupants lorsque la consommation s’installe dans la durée.
« À long terme, cette substance peut entraîner une forte dépendance. Le consommateur ressent progressivement le besoin de consommer de façon répétée. Chez les personnes vulnérables, notamment les adolescents, le risque de développer des troubles psychotiques est également plus élevé », prévient-il.
Derrière la banalisation progressive du Bonsaï dans certains coins de Kinshasa se dessine ainsi une réalité plus inquiétante : celle d’une jeunesse confrontée à la précarité, au chômage, aux pressions sociales et à la recherche d’échappatoires parfois dangereuses.
Jevic Ebondo