
Kisangani s’est réveillée ce lundi 1er juin dans une ambiance inhabituelle. Dans plusieurs quartiers de la ville, la circulation a été fortement perturbée par des mouvements de protestation spontanés déclenchés par la hausse vertigineuse du prix du carburant. Derrière les barricades érigées par les motards et les taximen se dessine une inquiétude plus profonde : celle d’une économie locale menacée d’asphyxie.
Dès les premières heures de la journée, des pneus et divers objets ont été placés sur la chaussée à plusieurs endroits stratégiques, notamment aux environs de l’hôpital Makiso, au rond-point Batam, à proximité de l’Université de Kisangani, ainsi qu’à Kilima-Bahindi et dans plusieurs artères de la commune de Mangobo.
À l’origine de cette colère : l’explosion du prix de l’essence. Alors que le litre se vendait encore récemment entre 4 000 et 4 500 francs congolais, il est désormais proposé jusqu’à 9 000 francs dans certaines stations-service. Chez les revendeurs communément appelés « Kadhafi », les prix oscillent entre 12 000 et 15 000 francs le litre, soit près de quatre fois le tarif officiel fixé par le gouvernement à 3 970 francs congolais.

Sur le terrain, le ressenti est celui d’une population prise au piège. Les motards, qui constituent l’un des principaux maillons du transport urbain à Kisangani, affirment ne plus être en mesure de couvrir leurs charges quotidiennes.
« Avec un litre acheté à 15 000 francs, nous travaillons à perte. Nous passons toute la journée sur la route sans parvenir à dégager un bénéfice suffisant pour nourrir nos familles. Aujourd’hui, ce sont les vendeurs de carburant qui gagnent de l’argent, pas nous », déplore Jean-Pierre, taximan-moto depuis six ans.
Au-delà du secteur du transport, les conséquences économiques se font déjà sentir dans plusieurs activités. La hausse du carburant entraîne mécaniquement une augmentation des coûts de déplacement, du transport des marchandises et, à terme, du prix des produits de première nécessité. Dans les marchés, commerçants et consommateurs redoutent une nouvelle poussée inflationniste.

« Lorsque le carburant augmente, tout augmente », résume un commerçant rencontré dans le centre-ville.
Face à la montée des tensions, les forces de l’ordre, appuyées par des éléments des FARDC, sont intervenues pour dégager les principales voies de circulation et tenter de rétablir le calme.
Dans le même temps, les autorités provinciales ont cherché à rassurer la population. Le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, a annoncé la reprise progressive du circuit d’approvisionnement en carburant. Selon l’exécutif provincial, le blocage logistique qui perturbait l’acheminement des produits pétroliers vers Kisangani serait en voie de résolution grâce à une opération de déstockage destinée à rééquilibrer l’offre sur le marché.

Vers la mi-journée, plusieurs camions-citernes ont effectivement été aperçus sur la route de l’Ituri en direction de Kisangani. D’après plusieurs sources concordantes, ces véhicules étaient jusque-là immobilisés au PK23 pour des raisons administratives.Sur le plan politique, la situation suscite également des réactions. Le député national élu de Kisangani, Fontaine Mangala, s’est dit préoccupé par l’évolution de la crise.
Tout en appelant les manifestants au calme, il a plaidé pour des mesures urgentes afin d’atténuer les effets de cette flambée des prix.
« Il est impératif que des solutions intermédiaires soient trouvées afin de protéger la population en attendant une intervention plus durable du gouvernement central », a-t-il déclaré.
Selon l’élu, des discussions sont actuellement en cours avec les différents acteurs du secteur pétrolier pour tenter de stabiliser le marché.En attendant un retour effectif à la normale, l’incertitude demeure. Pour de nombreux habitants de Kisangani, la crise du carburant dépasse désormais le simple cadre du transport.
Serge Sindani, à Kisangani