
Jeudi 1er juin 2006. Un jeune de Bandalungwa, révélé dans l’ombre de Koffi Olomide, prend un pari fou. Dans un paysage musical dominé depuis une dizaine d’années par une bataille entre le clan Wenge et le Quartier latin dont il est le produit, Fally Ipupa lance «Droit chemin», son premier album solo. Samedi 6 juin 2026. Vingt ans après l’audace, le jeune qui avait 28 ans à l’époque a acquis de la maturité mais aussi de la renommée. Ce jour marque même une consécration d’une carrière partie de Bandalungwa, un des quartiers chauds de Kinshasa, pour connaitre son apogée les 2 et 3 mai derniers au stade de France, un des plus grands en Europe.
A la Cité de l’Union africaine, le palais présidentiel de la République démocratique du Congo, le tapis rouge est déroulé pour accueillir l’une des plus grandes figures du monde contemporain congolais -Fally a été repris à plusieurs reprises dans le Top 50 des personnalités africaines les plus influentes au monde. Aux côtés de son épouse et de plusieurs de ses proches, l’artiste a reçu, des mains du Président Félix Tshisekedi, les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Léopard, en plus d’une médaille d’Or de mérite des arts, lettres et sciences. En honorant Fally Ipupa, la République a reconnu un parcours fait d’abnégation, de travail, de détermination et de persévérance.
Né le 14 décembre 1977 à Kinshasa, Fally Ipupa a chanté ses premières notes chez lui à Bandalungwa. À l’époque, les chansons de Wenge Musica ou encore de Papa Wemba résonnaient dans les rues festives de cette commune. A la fin des années 1990, il quitte «Talent latent», un groupe modeste de sa commune, pour rejoindre les rangs du Quartier latin international de Koffi Olomide. C’est le déclic d’une carrière promise à la grandeur. Telle une âme bien née, le jeune Ipupa s’affirme tout de suite et est promu chef d’orchestre au début des années 2000 alors qu’il n’a pas encore 25 ans. Les sept ans passés dans l’orchestre de Koffi Olomide ont permis au jeune «rêveur» de devenir une véritable promesse de la musique congolaise, grâce à des tubes comme «Eternellement», «Effervescent» ou encore «Pharmacien». Des attentes qu’il a su transformer dès son premier album solo.
Le «rumbiste» audacieux
Depuis 20 ans, Fally Ipupa a sorti 8 albums, auréolés tous ou presque d’un brin de succès. Avant-gardiste, il ne s’est pas cramponné dans la rumba congolaise, ce moule dans lequel il a été forgé. Au fil des ans, il s’est employé à jeter un pont entre cette rumba et les musiques urbaines mondiales notamment l’Afrobeats, le R&B et le hip-hop. Incompris au départ, il a réussi finalement, grâce à ce mélange, s’ouvrir à de nouveaux horizons et conquérir de nouveaux fans, loin des cercles traditionnels de la musique congolaise, notamment en enchaînant des featurings avec des célébrités comme R-Kelly, Olivia, Lynsha, Wizkid ou encore Aya Nakamura.
En 2020, son concert à Accor Arena (ex-Bercy) marque le retour des grandes productions scéniques des musiciens congolais en Europe après plusieurs années d’arrêt suite au phénomène. Dans la foulée, il conquiert, quelques mois plus tard, U-Arena, la plus grande salle couverte d’Europe. Prophète chez autrui, Fally Ipupa l’est tout autant chez lui. Son concert de 2022 au Stade des Martyrs reste, à ce jour, sa plus grande consécration sur le plan national.
Après avoir conquis l’espace francophone, Fally Ipupa a, depuis peu, entamé une offensive dans le monde anglophone. Après un concert à Ovo Arena en 2023, il va devenir, en novembre, le premier artiste francophone d’Afrique à défier O2 Arena, une enceinte londonienne de 20.000 places.
Japhet Mukoko