
Depuis plus de trois décennies, la partie Est de la République Démocratique du Congo est le théâtre de massacres de populations, entraînant morts et déplacements massifs. Face à cette réalité, l’écrivain congolais Albert Ilunga plaide pour un rôle plus engagé de la littérature afin de lutter contre la banalisation de la violence.
Dans une réflexion sur la place des écrivains en période de guerre, il déplore la manière dont ce conflit est de plus en plus perçu avec légèreté par une partie de la population.
« On en parle comme on parle d’un match entre le Real Madrid et le FC Barcelona », affirme-t-il, dénonçant une perte de gravité autour d’une situation pourtant marquée par des drames humains et des souffrances profondes.
Selon lui, cette banalisation alimente une forme d’oubli collectif, rendant la douleur des victimes presque invisible. Face à cette réalité, Albert Ilunga estime que l’écrivain a une mission essentielle : « donner une âme et un visage à chaque douleur ».
À travers la littérature, il s’agit de transformer des chiffres en récits humains capables de toucher les consciences et de susciter un véritable engagement.
L’auteur souligne également la capacité des œuvres littéraires à influencer la perception du public. En incarnant les réalités de la guerre à travers des personnages et des histoires, la littérature peut contribuer à changer le regard porté sur le conflit et à renforcer l’implication des citoyens.
Abordant la place de la littérature dans les stratégies nationales, il regrette qu’elle reste marginale. Il plaide pour son intégration dans les politiques de sensibilisation et d’éducation, estimant qu’elle constitue un levier important pour aider les populations, notamment celles éloignées des zones de conflit, à mieux comprendre les réalités de la guerre. Illustrant son propos, Albert Ilunga compare le livre à « une bouteille jetée à la mer », capable d’atteindre n’importe quel lecteur et de provoquer une prise de conscience.
Son roman Goma, terre de cicatrices s’inscrit dans cette logique. Présenté comme une œuvre pour la paix, il vise à éveiller chez le lecteur un rejet de la guerre et un désir de voir la paix restaurée.
À travers ses écrits, l’auteur défend une idée claire : la paix est une exigence universelle.
Elle dépasse les considérations politiques et religieuses pour s’imposer comme une nécessité fondamentale. « Il n’y a pas mieux que la paix », insiste-t-il.
Enfin, il appelle à une prise de conscience en amont des conflits. Pour lui, il ne faut pas attendre que la guerre éclate pour en condamner les conséquences. « La guerre elle-même est un crime », affirme-t-il, invitant chacun à œuvrer pour sa prévention.
Dans un contexte où la mémoire collective est mise à l’épreuve, la littérature apparaît ainsi, selon Albert Ilunga, comme un outil essentiel pour lutter contre l’indifférence et renforcer une conscience tournée vers la paix.
Milka Mayambi