
En République démocratique du Congo, l’accès aux soins de santé demeure un défi majeur pour une grande partie de la population.
Cette situation s’explique notamment par la pauvreté, l’insécurité dans certaines parties du pays, l’insuffisance du personnel soignant surtout dans les zones périurbaines, le faible niveau d’instruction ainsi que le manque d’infrastructures sanitaires adéquates.
Depuis un certain temps, la population de la ville volcanique de Goma fait face à un accès de plus en plus difficile aux soins de santé, principalement en raison du manque de moyens financiers. La fragilité économique, aggravée par la guerre qui a secoué la ville au début de l’année 2025, pousse aujourd’hui de nombreux habitants à recourir à des pratiques informelles, souvent par hésitation ou faute de ressources pour se rendre dans des structures sanitaires.
Diane, mère de trois enfants, en a fait la douloureuse expérience qu’elle a accepté de partager à Authentic.cd.
Lorsque son bébé est tombé malade, explique-t-elle, elle a d’abord suivi les conseils des femmes de son quartier, misant sur des solutions traditionnelles. Mais face à l’aggravation de l’état de l’enfant, elle a finalement été contrainte de se rendre à l’hôpital.
« Mon enfant a commencé à présenter des signes de maladie depuis mardi dernier. Je me suis rendue à l’hôpital dans la nuit de vendredi. Je suis restée avec elle parce qu’on dit toujours que les mamans sont les premiers médecins. J’essayais d’appliquer ce que j’ai appris auprès des femmes de mon quartier », raconte-t-elle.

Avec la perte de nombreux emplois consécutive à la guerre, notamment dans les secteurs bancaire, du transport international et des institutions de l’État, la situation économique reste précaire pour plusieurs ménages. Pourtant, retarder la consultation médicale peut avoir de lourdes conséquences.
« J’ai failli perdre mon enfant », confie Diane, les larmes aux yeux avant de conseiller : « J’appelle ainsi les autres mères à adopter des comportements responsables : Ne faites pas comme moi. Au moindre problème, allez à l’hôpital le plus proche ».
Comme Diane, de nombreux habitants retardent leur prise en charge médicale, le manque de moyens financiers étant l’un des principaux obstacles.
Pour Ghislain Ngaruka, gestionnaire de la clinique Ave Maria, cette réalité constitue un frein sérieux à l’accès aux soins.
« Dans une ville comme la nôtre, marquée par l’insécurité et les déplacements massifs de population, trouver les moyens de se faire consulter reste un grand problème », a-t-il souligné.
Il préconise des solutions durables, notamment la sensibilisation et la mise en place de mutuelles de santé.
« Il est essentiel de sensibiliser la population et, dans la mesure du possible, de créer des mutuelles de santé afin de permettre aux plus démunis d’accéder aux soins », a-t-il ajouté.
De son côté, le docteur Alex Chasumba, médecin et enseignant à la faculté de médecine de l’Université de Goma, alerte sur les dangers de l’automédication, très répandue dans la ville.
« L’automédication est un véritable fléau. Il existe sur le marché des médicaments certifiés et non certifiés, valides et invalides », explique-t-il.

Il souligne également que certains cas nécessitent une prise en charge spécialisée.
« Toutes les maladies ne se traitent pas uniquement avec des médicaments ou des injections. Certaines nécessitent une intervention chirurgicale. Retarder la prise en charge peut entraîner des complications graves, voire la mort », a indiqué le médecin.
Chaque année, le 7 avril, le monde célèbre la Journée mondiale de la santé.
À Goma, cette commémoration met en lumière les nombreux défis à relever pour garantir un accès équitable aux soins.
Malgré les difficultés, la ville continue de faire preuve de résilience, portée par ses habitants et les efforts des acteurs du secteur sanitaire.
Lucien Sebuke