Pakadjuma : entre ruines, précarité et survie, les familles reviennent sur les décombres de leur ancien quartier

Société8 mai 2026

Quelques mois après les opérations de déguerpissement menées par les autorités congolaises, le site de Pakadjuma, situé dans la commune de Limete à Kinshasa, reprend progressivement vie.

Malgré les destructions massives et les conditions extrêmement précaires, plusieurs familles ont choisi de revenir s’installer sur les ruines de leurs anciennes habitations. Sur place, le décor est frappant. Là où s’élevaient autrefois des maisons populaires, il ne reste aujourd’hui qu’un vaste paysage de gravats, de tôles froissées, de planches brisées et de débris abandonnés.

L’atmosphère est lourde, marquée à la fois par la fatigue, l’incertitude et la volonté des habitants de recommencer une nouvelle vie malgré tout. Dans certains coins du site, la précarité sociale est également visible.

Des jeunes femmes, souvent sans ressources ni véritable encadrement, errent le long des voies ferrées ou aux abords des habitations de fortune. Plusieurs habitants rencontrés sur place dénoncent la montée de la prostitution et de la délinquance dans cette zone devenue difficile à contrôler depuis les déguerpissements.

« Il y a des femmes qui interpellent directement les hommes de passage pour leur proposer des rapports sexuels contre de l’argent. La situation devient inquiétante », confie un passant rencontré sur le site.

Pour plusieurs observateurs, cette réalité traduit surtout l’extrême pauvreté et l’absence de perspectives auxquelles sont confrontées certaines familles revenues vivre à Pakadjuma.

Sous un soleil accablant, des femmes, des hommes et des enfants tentent de récupérer ce qui peut encore servir. Certains fouillent les ruines à mains nues à la recherche de morceaux de bois, de tôles ou d’objets épargnés par les bulldozers. D’autres transportent les quelques biens sauvés afin de reconstruire des abris de fortune au milieu des décombres.

Le long de la voie ferrée qui traverse Pakadjuma, des bâches usées, des tôles rouillées et des morceaux de plastique servent désormais de toitures improvisées. Aucune habitation solide n’est visible. La poussière, les odeurs d’insalubrité et l’accumulation des déchets témoignent des conditions extrêmement difficiles dans lesquelles vivent ces familles.

Malgré les risques liés aux intempéries, à l’insécurité et au manque d’accès aux services sociaux de base, plusieurs habitants affirment avoir préféré revenir à Pakadjuma après leur passage au site de relocalisation de la N’sele. Beaucoup dénoncent des conditions de vie devenues intenables dans cette zone éloignée, notamment l’absence d’activités génératrices de revenus, les difficultés d’accès à l’eau potable, aux soins de santé et aux transports.

Sur les visages, le découragement se mêle à un profond sentiment d’abandon. Mais au milieu de cette détresse, certains habitants gardent encore l’espoir d’être entendus par les autorités. Ils réclament des solutions durables de relogement ainsi qu’un accompagnement réel pour reconstruire leur vie dans des conditions dignes.

Le retour progressif des familles à Pakadjuma met une nouvelle fois en lumière les défis liés au logement, à la pauvreté urbaine et à l’urbanisation dans la capitale congolaise.

Entre survie quotidienne et quête de stabilité, ces habitants continuent de vivre au rythme de l’incertitude, sur les ruines de ce qui fut autrefois leur quartier.

Christian Luveto

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