
À Bunia, dans la province de l’Ituri, la hausse persistante du prix du carburant continue de peser lourdement sur le quotidien des habitants. Malgré la décision du gouvernement congolais fixant officiellement le litre de carburant à 4 205 francs congolais dans l’Est du pays, la réalité observée dans plusieurs stations-service de la ville reste largement différente.

Dans plusieurs quartiers, le litre d’essence se vend encore entre 5 000 et 6 000 francs congolais.
Une situation visible dans les stations-service, ressentie dans les transports et directement vécue dans les marchés par des familles déjà fragilisées par la cherté de la vie.
Conséquence immédiate : les tarifs des transports ont fortement augmenté. À Bunia, une course en moto-taxi qui coûtait auparavant entre 1 000 et 1 500 francs se négocie désormais entre 2 000 et 3 000 francs selon les distances. Sur certains axes périphériques, les prix deviennent encore plus élevés aux heures de pointe ou lorsque l’état des routes se dégrade.
Au rond-point Sonas, à Nyakasanza ou encore à Bankoko, le ralentissement des activités de transport est perceptible. Des dizaines de motards passent désormais plusieurs heures à attendre des clients devenus rares, pendant que les habitants réduisent leurs déplacements pour limiter les dépenses.
« Avant, avec 1 000 francs on pouvait facilement rejoindre le centre-ville. Aujourd’hui, nous demandons parfois 2 500 francs juste pour couvrir les frais de carburant », explique Singoma Alyegera, conducteur de moto-taxi rencontré à Bunia.

Pour de nombreux taximen, cette hausse du carburant étouffe progressivement leur activité. Entre le prix de l’essence, les pièces de rechange devenues coûteuses et les différentes taxes informelles, plusieurs conducteurs disent travailler sans véritable bénéfice.
« Une grande partie des recettes part directement dans le carburant. Certains motards passent toute la matinée sans trouver assez de clients », témoigne Mardoché Ubemu, un autre conducteur de moto-taxi.
Les chauffeurs de taxis font le même constat. Certaines courses facturées auparavant à 2 000 francs coûtent aujourd’hui entre 3 000 et 5 000 francs selon les trajets. Une hausse qui pousse de nombreux habitants à marcher sur de longues distances pour éviter des frais de transport devenus trop élevés. Mais au-delà du secteur des transports, c’est toute l’économie locale qui ressent les effets de cette flambée du carburant.
Dans les marchés de Bunia, commerçants et consommateurs constatent une augmentation progressive des produits de première nécessité. Le bassin de haricots, vendu autrefois entre 18 000 et 19 000 francs, coûte désormais jusqu’à 27 000 francs dans certains marchés. Le kilogramme de poisson salé ou fumé est passé d’environ 15 000 à plus de 22 000 francs selon les quantités et les lieux de vente.
D’autres produits comme la farine, l’huile végétale ou encore le “mpiodi” connaissent également une hausse liée à l’augmentation des coûts de transport.
Au marché de Rwambuzi, Irène Masika, vendeuse de petits articles, affirme que les clients achètent de moins en moins.
« Les fournisseurs augmentent les prix parce que le transport coûte cher. Aujourd’hui, les familles peinent à acheter certains produits essentiels », explique-t-elle.
Pour plusieurs habitants, la hausse du prix du carburant ne se limite plus aux stations-service. Elle affecte désormais toute la chaîne économique : transport, alimentation, commerce et pouvoir d’achat.
Face à cette situation, des habitants appellent les autorités provinciales et les services économiques à renforcer les contrôles afin de faire respecter les tarifs officiels fixés par le gouvernement.
« Quand le carburant augmente, toute la ville souffre. Les transports deviennent chers, les produits augmentent dans les marchés et les familles n’arrivent plus à suivre », résume un habitant rencontré à Nyakasanza.
À Bunia, la flambée du carburant apparaît désormais comme l’un des principaux facteurs de pression sur le panier ménager et sur une économie locale déjà fragilisée par l’insécurité et la baisse du pouvoir d’achat.
Reagan Bin Kakani, depuis Bunia