RDC : à Goma, la hausse des prix pousse les ménages à revoir leur alimentation

Société19 juin 2026

À Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, la variation des prix des denrées alimentaires bouleverse le quotidien de nombreuses familles. Si certains produits agricoles bénéficient de la saison des récoltes et voient leurs prix diminuer, d’autres denrées de base enregistrent une hausse importante en raison des perturbations dans les circuits d’approvisionnement, notamment liées à l’insécurité dans certains territoires voisins et aux restrictions mises en place dans le cadre de la lutte contre la maladie à virus Ebola. Face à cette situation, les ménages adaptent progressivement leurs habitudes de consommation.

Un soleil accablant s’abat sur le marché Alanine, situé dans le quartier Himbi, dans la ville de Goma. Il est 15 heures, une période où l’activité commerciale bat généralement son plein. Pourtant, au milieu des allées du marché, les réalités sont contrastées : certains étals débordent de produits, tandis que les prix d’autres denrées continuent de grimper.

Sur son étal de légumes et d’épices, Yannick Mango observe une baisse de certains prix. Selon cette vendeuse, cette situation s’explique principalement par la période des récoltes dans plusieurs zones de production de la région.

« Les produits tels que les épices, les légumes et les haricots sont en baisse parce que c’est la période de récolte. Il y en a en abondance sur tous les étalages. Ces produits viennent d’Idjwi ou de Minova dans la province du Sud-Kivu. Une botte des amarantes qui valait 500 francs congolais est vendue aujourd’hui à 300 francs », explique-t-elle.

Cette disponibilité des produits est facilitée par la voie lacustre reliant Goma à plusieurs localités du Sud-Kivu. Une situation qui permet à certains consommateurs de bénéficier temporairement de prix plus accessibles.

Mais cette tendance ne concerne pas toutes les denrées. Plusieurs produits de première nécessité connaissent plutôt une hausse importante. La farine de blé, la farine de maïs, les pommes de terre, les bananes plantains, la farine de sorgho ou encore le soja figurent parmi les produits dont les prix ont augmenté.

Les commerçants évoquent plusieurs facteurs pour expliquer cette évolution, notamment l’insécurité dans le territoire de Masisi, qui perturbe certains circuits d’approvisionnement, ainsi que la fermeture de la frontière entre Goma et Gisenyi, au Rwanda, dans le cadre des mesures de prévention contre Ebola.

Au marché Alanine, Domitille Chibalonza, vendeuse de farine, explique que cette situation complique les relations avec les clients, qui peinent à comprendre cette hausse.

« Les acheteurs ont du mal à s’habituer à ce rythme à cause de la situation économique actuelle. Ils pensent souvent que nous augmentons les prix volontairement. Pourtant, une mesurette de soja (murongo) qui se vendait entre 3 000 et 4 000 francs congolais coûte aujourd’hui entre 5 500 et 6 000 francs », témoigne-t-elle.

Cette augmentation des prix se ressent directement dans les ménages. Face à la baisse du pouvoir d’achat, plusieurs familles réorientent leurs choix alimentaires vers des produits moins coûteux.

Hortense, femme de ménage et mère de famille vivant à Goma, affirme que son foyer a dû revoir son alimentation quotidienne.

« Avant, nous pouvions acheter régulièrement de la farine de maïs, des pommes de terre ou du soja. Aujourd’hui, avec les prix qui ne cessent d’augmenter, nous sommes obligés de privilégier les produits moins chers. Ce n’est pas toujours ce que les enfants préfèrent, mais nous n’avons pas d’autre choix », confie-t-elle.

Comme Hortense, plusieurs habitants de Goma expliquent désormais privilégier les produits accessibles à leur budget. Pour de nombreuses familles, l’objectif est de maintenir un équilibre alimentaire malgré un contexte économique difficile.

Alors que certains produits profitent encore des effets de la saison des récoltes, la hausse persistante des denrées de base continue de peser sur le quotidien des ménages et sur l’activité des commerçants. À Goma, les prix des aliments ne dictent plus seulement les dépenses des familles : ils influencent désormais leurs choix alimentaires.

Lucien Sebuke, à Goma

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