
Officiellement fermée depuis le 17 mai à la suite d’un cas d’Ebola détecté à Goma, la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda reste toutefois partiellement franchissable dans un seul sens : de Gisenyi vers Goma, pour certains Congolais bloqués au Rwanda.
Depuis cette décision, les déplacements entre les deux villes sont fortement restreints, mais pas totalement interrompus. Plusieurs voyageurs indiquent que des passages restent possibles sous conditions, notamment pour les ressortissants congolais présents côté rwandais au moment de la fermeture.
Patient Paluku, enseignant à Goma mais résident à Gisenyi, affirme avoir pu traverser la frontière après plusieurs vérifications effectuées par les autorités rwandaises.
« C’était presque normal. La seule différence, c’est qu’il n’y avait pas beaucoup de monde. Nous sommes arrivés et les agents nous ont demandé pourquoi nous voulions partir, si nous avions un visa et si nous étions résidents », raconte-t-il.
Selon lui, les contrôles se concentraient surtout sur les habitudes de déplacement des voyageurs.
« Ils contrôlaient surtout les cachets et les mouvements effectués auparavant, puisque nous traversons souvent la frontière. Ceux qui n’avaient pas l’habitude de voyager étaient retenus plus longtemps. Mais nous, qui travaillons régulièrement en RDC, notamment les enseignants et les étudiants, étions généralement autorisés à sortir », explique-t-il.
Après ces vérifications, les passagers devaient encore passer par une procédure d’enregistrement jugée longue du côté rwandais.
« À la douane, il fallait encore passer par un long processus d’enregistrement. Cela prenait beaucoup de temps. Sur mon CPGL, ils ont inscrit la lettre “A”, même si je ne sais pas exactement ce que cela signifie », ajoute-t-il.
Du côté congolais, les formalités semblent plus rapides et moins contraignantes.
« En RDC, les formalités étaient beaucoup plus simples : on se lavait simplement les mains, on nous demandait d’où nous venions, puis on nous laissait passer », témoigne-t-il.
Cette situation intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. Les autorités congolaises contestent la fermeture de la frontière, qu’elles estiment contraire au Règlement sanitaire international.
Le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, a dénoncé une mesure qu’il juge incompatible avec les règles internationales de gestion des épidémies.
« Le Rwanda n’avait pas le droit de fermer ses frontières. Le Règlement sanitaire international dit qu’il ne faut pas fermer les frontières en cas d’épidémie. On doit laisser circuler les personnes et les biens, mais mettre en place des mesures de santé publique », a-t-il déclaré.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a également critiqué cette décision, la jugeant excessive et non conforme aux engagements internationaux.
Pendant ce temps, la fermeture partielle de la frontière continue de perturber le quotidien des habitants de Goma et Gisenyi, habitués aux déplacements quotidiens pour le travail, les études et le commerce.
Lucien Sebuke, depuis Goma