
Pas besoin de convoquer Molière pour captiver un jury. Lors de la finale nationale du concours « Éloquence au Féminin », organisée en mars à Kinshasa, Ingrid Wimba a fait un choix audacieux : parler vrai. Porter son vécu, ses racines et la résilience de la jeunesse boyomaise au cœur de son discours.
Originaire de Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, cette étudiante en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Kisangani s’est hissée à la 5ᵉ place au niveau national.
Présentatrice de l’émission « Terrain Neutre » et conférencière reconnue pour sa prestance oratoire, elle incarne une nouvelle génération qui veut faire entendre la voix de sa province, au-delà des clichés.
Dans cet entretien, Ingrid Wimba revient sur son expérience, ses défis et ses ambitions, tout en affirmant une conviction : la Tshopo est une terre de talents et d’intelligence.
Entretien exclusif avec une figure montante de la Tshopo, aspirant à une carrière diplomatique.
Authentic360 : Bonjour Ingrid et bienvenue sur Authentic Média. Pouvez-vous brièvement vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a motivée à participer au concours « Éloquence au Féminin » à Kinshasa ?
Ingrid Wimba : Bonjour ! Je suis Ingrid Wimba, étudiante à l’Université de Kisangani et finaliste au concours national « Éloquence au Féminin », où j’ai été classée 5ᵉ. J’y ai participé par passion pour l’art oratoire. En tant qu’étudiante en communication, j’ai toujours été attirée par l’expression et le pouvoir des mots.
C’est aussi une quête personnelle d’apprentissage. Je suis ambitieuse : j’aspire à devenir diplomate, et tout commence par la prise de parole. Je voulais aussi me dépasser.
Authentic360 : Qu’avez-vous ressenti en montant sur scène, consciente de représenter toute la Tshopo ?
Ingrid Wimba : J’ai ressenti une forte montée d’adrénaline, un mélange d’excitation, de stress et de pression. Mais au fond, c’était surtout de la fierté. Arriver à ce niveau n’a pas été facile, et j’étais honorée de porter ma province.
Authentic360 : Comment avez-vous intégré les réalités de Kisangani dans vos discours ?
Ingrid Wimba : J’ai choisi de parler de mon quotidien. Notre vécu est déjà une histoire. Pendant que d’autres s’inspiraient de grandes figures ou d’auteurs, moi, j’ai opté pour la simplicité et l’authenticité. Mon message allait au-delà de l’éloquence : c’était notre réalité, souvent méconnue. Ce concours était une opportunité de mettre en lumière notre identité.
Authentic360 : Quel a été votre plus grand défi durant la finale ?
Ingrid Wimba : Rédiger et maîtriser deux discours en seulement 48 heures. Nos journées étaient très chargées, donc nous travaillions la nuit. Il fallait aussi garder nos arguments confidentiels. J’avais peur d’un trou de mémoire, mais grâce à Dieu, tout s’est bien passé.
Authentic360 : Quelle est la plus grande leçon que vous retenez de cette expérience ?
Ingrid Wimba : Une phrase de nos formateurs m’a marquée : « Parler, c’est se faire entendre ; bien parler, c’est avoir quelque chose à défendre. »
Authentic360 : Beaucoup considèrent votre parcours comme une victoire. Qu’est-ce qui compte le plus pour vous ?
Ingrid Wimba : Le message. Aujourd’hui, on sait qu’à Kisangani, il n’y a pas que la pêche et l’élevage. Il y a aussi des intelligences, des talents. Nous avons gagné en visibilité et en respect. Le soutien de ma communauté a été essentiel.
Authentic360 : Quel regard portez-vous sur votre performance et le verdict du jury ?
Ingrid Wimba : Je me sens gagnante, peu importe le classement. J’ai beaucoup appris. Être finaliste était déjà une récompense. J’ai pu porter mon message devant des personnalités importantes, et cela compte énormément.
Authentic360 : Comment comptez-vous mettre votre talent au service de la Tshopo ?
Ingrid Wimba : Ce talent ne restera pas silencieux. Des projets sont en préparation pour impacter positivement la communauté. Je préfère ne pas en dire trop pour l’instant, mais ils verront bientôt le jour.
Authentic360 : Quel message adressez-vous aux jeunes filles qui hésitent à prendre la parole ?
Ingrid Wimba : Osez ! Votre féminité n’est pas une faiblesse. Soyez ambitieuses, cultivez-vous, trouvez votre passion et développez-la. Ne vous contentez pas des restes. Visez les espaces de décision et imposez votre voix avec respect et dignité.
Authentic360 : Un mot de la fin ?
Ingrid Wimba : Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands. Travaillez pour les réaliser. N’ayez pas peur de l’échec : il fait grandir. N’attendez pas les opportunités, créez-les.
Propos recueillis par Serge Sindani à Kisangani