Culture : 10 ans après, Papa Wemba fait encore vibrer Matonge

Société24 avril 2026

La statue de Papa Wemba, érigée au croisement des avenues Oshwe et du Stade.

Dix ans après sa disparition, Papa Wemba continue de faire du bruit pas seulement dans les chansons, mais dans les rues, les regards et les souvenirs. À Kinshasa, dans son fief de Matonge, l’émotion est restée intacte.

Dans le couloir Madiakoko, l’ambiance est particulière. Des catafalques ont été installés, des chaises alignées, des tables dressées. Mais au-delà du décor, c’est une atmosphère chargée de mémoire qui se fait sentir. Ici, chaque coin semble raconter une histoire, chaque visage trahit un souvenir. On ne commémore pas seulement une date, on ravive une présence. Celui que beaucoup appellent le « Chef du village Molokaï » reste omniprésent.

Son empreinte se lit jusque dans les noms des avenues de Matonge, Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kanda-Kanda, Inzia comme un héritage gravé dans la commune de Kalamu. C’est dans ces rues qu’il a grandi, qu’il a rêvé, et qu’il a donné naissance à son mythique orchestre, Viva la Musica.

Parmi la foule, les témoignages se mêlent à l’émotion. Allario Luyindula, cofondateur de l’ASBL Les Villageois de Molokaï, parle avec fierté et nostalgie.

« Pour nous, ses apôtres, nous continuons de pérenniser son évangile à travers notre manière de nous habiller : bien rasé, bien sapé. Papa insistait sur l’élégance, la concordance des couleurs… Aujourd’hui, nous pleurons un baobab, mais un baobab qui continue de vivre. Regardez, même moi je suis en Versace… c’est notre façon de marcher sur ses traces », a-t-il déclaré à Authentic.

Un peu plus loin, Ade Coco, l’un des organisateurs, observe la scène avec émotion.

« Papa Wemba n’est pas mort, il est passé de l’autre côté. Son héritage est collectif. Dans chaque parcelle ici, il y a au moins un fanatique », a-t-il ajouté.

Un héritage musical qui refuse de s’éteindre

Si l’homme n’est plus, son œuvre, elle, continue de vivre. L’orchestre Viva la Musica poursuit son chemin, porté par ceux qui refusent de laisser tomber le flambeau.

« Il faut saluer les efforts de Maman Amazone, qui se bat pour maintenir l’ossature du groupe. Après Papa Wemba, ce n’est pas facile… Mais pour ces 10 ans, Viva la Musica sera sur scène ce soir, de 22h à minuit », confie Ade Coco.

Dans les discussions, un souhait revient souvent : voir les anciens musiciens se retrouver, dépasser les différends et se réunir autour de l’essentiel l’héritage du maître.

« Ce serait une belle occasion de les voir tous sur un même podium, pour honorer son nom », ajoute Allario Luyindula.

Une journée entre recueillement et célébration

Comme chaque année, la commémoration suit un rituel chargé de symboles. Une descente est prévue à la nécropole où repose l’artiste, suivie d’une messe à la paroisse Saint Joseph de Matonge. Puis, à la tombée de la nuit, le village Molokaï s’illumine à nouveau : musique, retrouvailles, souvenirs… la fête reprend ses droits, comme pour dire que la vie continue avec lui.

Car ici, personne n’a vraiment oublié ce 24 avril 2016. Ce jour-là, au Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo, à Abidjan, Papa Wemba s’effondrait sur scène en pleine prestation de « Est-ce que ».

Une sortie brutale, presque irréelle, à l’image d’un artiste qui aura vécu jusqu’à son dernier souffle pour la musique. Aujourd’hui encore, à Matonge, son absence se ressent mais sa présence, elle, se vit.

Jevic Ebondo

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