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Kinshasa : caniveaux abandonnés, la ville étouffe sous l’engorgement

Société26 avril 2026

À Kinshasa, il ne suffit que de quelques gouttes de pluie pour que la ville bascule dans le désordre. Les caniveaux, abandonnés et obstrués depuis des années, débordent à la moindre averse, rejetant des eaux usées qui envahissent les routes et paralysent la circulation. Pour les habitants, ce n’est plus un simple désagrément, mais un véritable calvaire quotidien.

Au rond-point Huilerie, la scène est devenue tristement familière. Dès que le ciel s’assombrit, la route se transforme en torrent. Les eaux boueuses envahissent les chaussées, s’infiltrent dans les habitations et emportent tout sur leur passage. Cette artère stratégique reliant les boulevards Triomphal et du 30 Juin devient alors impraticable.

Avenue des Huileries

Martin Mwepu, vendeur de tenues de travail au croisement des avenues Huilerie et Usoke, vit cette réalité au quotidien.

« Les autorités doivent faire un effort pour nous aider à curer ces caniveaux. Cela fait des années que cette situation dure sans aucun changement », a-t-il lancé.

Pour lui, chaque pluie est source d’angoisse.

« Nous vivons dans une insalubrité permanente qui menace notre santé et nos activités. Dès que le ciel se couvre, la peur s’installe. Nos marchandises peuvent disparaître à tout moment. C’est un abandon total. On finit par se demander à quoi servent les taxes que nous payons chaque jour », s’est-il interrogé.

Sur l’avenue Victoire, le constat est tout aussi amer. Ici, le dernier curage remonte à plus de cinq ans. Jérémie Makaya, gérant d’une boutique, décrit une situation devenue intenable.

Rond point Victoire

« Le gouverneur Ngobila n’est intervenu qu’une seule fois. Depuis, plus rien. À chaque pluie, l’eau déborde et envahit la route. Traverser devient dangereux. On peut tomber dans un trou invisible sous l’eau sale. Les embouteillages s’allongent, les véhicules avancent à pas de tortues », souligne-t-il.

Sur le boulevard Sendwe, la situation frôle le chaos. Certaines parcelles sont régulièrement submergées, obligeant les habitants à s’organiser eux-mêmes pour survivre. Les motopompes sont devenues indispensables pour évacuer l’eau stagnante des habitations. Une riveraine, préférant garder l’anonymat.

« Sans motopompe, il est impossible de vivre ici. Nous sommes livrés à nous-mêmes. Pourtant, les autorités empruntent cette route tous les jours sans agir. Nous avons écrit au bourgmestre, mais il dit que ce n’est pas de sa compétence. Nous avons saisi des instances supérieures… en vain », s’est-il exprimé.

Boulevard Sendwe

Au-delà de ces axes, c’est toute la ville qui souffre du même mal. Les caniveaux sont étouffés par les déchets plastiques et le sable, empêchant l’écoulement normal des eaux. Résultat : des inondations à répétition, une circulation paralysée et des habitants épuisés.

Face à cette situation, une question revient sur toutes les lèvres : combien de saisons des pluies faudra-t-il encore pour que des solutions durables soient mises en place ?

Si rien n’est fait, Kinshasa risque de s’enfoncer un peu plus, année après année, dans une réalité où chaque pluie transforme la capitale en une ville submergée.

Jevic Ebondo

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