
À Ngangi II, dans le territoire de Nyiragongo, dans le nord de Goma, l’eau potable ne coule pas du robinet. Elle se cherche, se transporte, se rationne. Chaque jour, des femmes et des enfants parcourent de longues distances, bidons à la main, à la recherche de quelques litres d’eau, souvent insalubre.

Ici, boire de l’eau propre relève du privilège. Faute de mieux, certains ménages se contentent d’eau de pluie, bouillie tant bien que mal. D’autres s’approvisionnent à des points éloignés, exposés aux risques sanitaires.
« C’est très difficile de trouver de l’eau. Je dois faire bouillir l’eau de pluie pour mes enfants », confie Déborah Mafuta, rencontrée sur place. Son quotidien est marqué par cette quête permanente, épuisante et incertaine.
Dans cette zone située au nord de Goma, l’absence d’accès à l’eau potable pèse lourdement sur la vie des habitants : maladies hydriques, perte de temps, fatigue physique et frein aux activités économiques.
Face à cette réalité, la REGIDESO a lancé une campagne de raccordements promotionnels pour une durée de quatre mois dans plusieurs localités du territoire. L’opération, annoncée fin février 2026, concerne notamment Rukoko, Karisimbi, Kingi, Kingakati et Ngangi. Elle vise à rapprocher l’eau potable des ménages en allégeant les coûts d’accès.
Dans le cadre de cette initiative, les frais de raccordement sont pris en charge par la REGIDESO, à l’exception des documents administratifs. Les bénéficiaires doivent toutefois acheter les matériels nécessaires, sous supervision technique. Sur le terrain, l’annonce a rapidement fait réagir. À Ngangi II, les habitants y voient une opportunité rare.
« Sans cette promotion, nous n’aurions jamais pu nous raccorder. Avec le revenu de mon mari, c’était impossible », explique Déborah Mafuta.
Les autorités locales se sont engagées à relayer l’information. Wemba Kaharoze, chef notable de Ngangi II, multiplie les séances de sensibilisation lors des travaux communautaires.
« La population doit saisir cette chance. L’eau, c’est la vie », insiste-t-il.
Selon lui, l’arrivée de l’eau potable pourrait transformer durablement la zone. Situé en périphérie de Goma, le territoire de Nyiragongo connaît une forte croissance démographique, portée par l’expansion urbaine.
« Avec l’eau de la REGIDESO, beaucoup de gens vont vouloir s’installer ici », estime-t-il.
Un défi national encore immense
Malgré cette avancée, l’accès à l’eau potable reste un défi majeur en République démocratique du Congo. Selon la Banque mondiale, environ 34 % de la population ne disposait pas d’un accès adéquat à l’eau potable en 2025.
Dans ce contexte, les raccordements promotionnels lancés à Nyiragongo apparaissent comme une réponse concrète, mais encore insuffisante face à l’ampleur des besoins.
À Nyiragongo, l’eau n’est pas seulement une ressource : c’est une urgence, un combat quotidien, une question de dignité.
Lucien Sebuke