Ituri : des femmes déplacées cassent des pierres pour survivre

Société25 mai 2026

À moins de dix kilomètres de Bunia, sur les collines des Monts Bleus, il faut parfois quatre à cinq jours de travail acharné à plusieurs femmes pour remplir un seul véhicule de gravier vendu à environ 100 000 francs congolais. Une somme dérisoire au regard des souffrances endurées quotidiennement par ces femmes déplacées, filles-mères ou mères sans emploi qui survivent grâce au concassage artisanal des pierres.

Dès les premières heures du matin, le vacarme sec des marteaux résonne sur l’axe Kasenyi, entre les territoires de Djugu et d’Irumu. Sous un soleil accablant, des dizaines de femmes frappent sans relâche des blocs de pierre, dans un nuage permanent de poussière. Les mains fendillées, les vêtements blanchis par les gravats et le dos courbé par la fatigue, elles transforment les collines en chantier de survie.

Certaines arrivent avec leurs enfants attachés au dos. D’autres passent parfois toute une journée sans manger, dans l’espoir de remplir quelques bassines de graviers ou d’avancer le chargement d’une benne. Ici, chaque pierre brisée représente un repas potentiel pour une famille.

Assise sur un amas de cailloux, le visage couvert de poussière, Jenisalina Makukwa, une mère de plusieurs enfants âgée d’une quarantaine d’années, raconte son quotidien avec émotion. Chassée de Miala par l’activisme des groupes armés, elle a trouvé refuge à Bunia avec ses enfants. Depuis plusieurs années, elle vit du concassage des pierres.

« C’est ce travail qui nous permet de survivre. Avec ce que je gagne, je paie difficilement le loyer, la nourriture et parfois les frais scolaires des enfants », confie-t-elle d’une voix épuisée.

Mais les revenus restent largement insuffisants. Certains de ses enfants ont déjà abandonné l’école faute de moyens financiers.
Un peu plus loin, le bruit métallique des marteaux couvre à peine la voix de D’ziza Love. Elle explique que plusieurs femmes doivent travailler ensemble pendant plusieurs jours pour remplir un seul camion de gravier.

« Tant que le chargement n’est pas terminé, nous ne gagnons rien. Parfois, nous dormons même ici sans avoir mangé », raconte-t-elle.

Une fois vendu, l’argent est partagé entre toutes les travailleuses. Une réalité qui rend presque impossible la prise en charge correcte des besoins familiaux. Beaucoup peinent à payer les soins médicaux, les frais scolaires ou simplement à offrir trois repas par jour à leurs enfants.

Au-delà de la misère économique, ces femmes dénoncent également les conditions extrêmement dangereuses dans lesquelles elles travaillent. Sans bottes, sans gants ni équipements de protection, elles manipulent chaque jour des pierres lourdes sous une chaleur étouffante et dans une poussière suffocante.
Les douleurs au dos, aux mains et à la poitrine font désormais partie de leur quotidien.

Pour Bolini Kakani, une fille-mère rencontrée sur le site, ce travail détruit lentement leur santé.
« Nos mains se blessent souvent. Nous avons mal au dos et à la poitrine à cause de la poussière. Mais nous continuons parce que nous n’avons pas d’autre choix », témoigne-t-elle.

Malgré les blessures, la faim et les revenus précaires, ces femmes continuent chaque matin de gravir les collines de Kasenyi avec courage et résignation.

Reagan Bin Kakani depuis Bunia

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