
Entre poussière, gravats et silence, l’avenue Funa porte encore les traces du passage des bulldozers. En novembre 2025, plusieurs constructions anarchiques ont été rasées le long de cette artère qui relie l’avenue Kasa-Vubu, près du Stade des Martyrs, à l’entrée du marché Type-K. Six mois après, le changement est réel. Là où s’alignaient maisons, boutiques, immeubles de 3, 4 niveaux et petites activités, le site ne ressemble plus à rien ou presque. Sur les lieux, les riverains tentent de reconstruire leur quotidien à travers des dépôts improvisés à ciel ouvert. Des filets d’oignons sont exposés sous des parasols et des tentes pour attirer la clientèle.
Dans les ruines des dépôts démolis, les commerçants tentent de rebâtir ce qu’ils peuvent. Aux côtés de ces dépôts d’oignons et bananes plantain, des tenanciers de cabines publiques développent également leurs business. Des points de vente de friperie, communément appelés Tombola à Kinshasa, ont également vu le jour, dans l’anarchie totale, profitant notamment à la commercialisation des liqueurs fortes, appelées « zododo », et autres stupéfiants.

« Biso tozo teka pona to sengaki ba konzi [Nous vendons ici parce que nous l’avons demandé aux autorités] », explique une vendeuse au micro d’Authentic360, sans toutefois préciser lesquelles.
Toutefois, ce marché de fortune installé sur la voie publique n’est pas sans danger. Pourtant l’instinct de survie éloigne toute peur… et toute logique. « Nzambe mutu abatelaka [c’est Dieu qui protège] », confie un tenancier d’une cabine téléphonique, dans une totale insouciance.

Pourtant, ce quartier porte le vestige d’un drame devenu le symbole des catastrophes du secteur des transports en RDC. En janvier 1992, un avion s’est écrasé au marché Type-K, à moins d’un kilomètre de là. A Kinshasa, les cas d’accidents impliquant des marchés installés sur la voie publique ne sont pas non plus rares.
En plus de tous ces dangers, les conditions sanitaires laissent à désirer. Sachets, déchets ménagers et autres immondices jonchent les lieux, dégageant parfois une odeur nauséabonde. Pour les occupants, cette insalubrité est une conséquence directe de la démolition. « Il fallait laisser les maisons. Maintenant, ces gens qui vendent jettent juste leur saleté derrière », déplore Merlin, habitant de l’avenue Funa.

Mais derrière cette reprise informelle des activités se cache un autre visage de l’après-démolition. Dans ces décombres, les enfants de la rue -shegués- sèment désormais l’insécurité après avoir fait des décombres leur abri.
« Quand il y avait des maisons, on pouvait passer à tout moment. Maintenant, c’est devenu dangereux. La nuit, c’est imprudent d’emprunter ce chemin. Ces enfants de la “Base Ukraine” peuvent vous inquiéter », poursuit Merlin.
Pour justifier les démolitions de novembre, l’Hôtel de ville de Kinshasa avait évoqué des constructions dans des zones inappropriées, notamment sur le lit de la rivière Sendwe, mais aussi sur la voie publique.
Jevic Ebondo