
Une année après la chute de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, aux mains des rebelles du M23, les banques sont toujours fermées. Alors que les ménages sont financièrement asphyxiés, les « mobile-money » sont devenus incontournables dans la ville montagneuse. Mais face à la rareté des devises en circulation, les opérateurs ont trouvé un moyen de gagner plus, en imposant, en plus des commissions déjà perçues via les réseaux de téléphonie, des prélèvements sur chaque opération de retrait. Pour avoir du cash, la population est contrainte de céder jusqu’à 10% du montant total de la transaction.

Au Campus du Lac de l’Université de Goma, Victoire se rend dans un shop pour un retrait de cash via son compte mobile money. Faute de banque, ses frais académiques sont envoyés directement sur son téléphone. Mais sur le site universitaire, il faut céder 3,5% du montant total pour avoir du cash. Cette situation n’est pas singulière. A Goma, les opérateurs de monnaie électronique ont développé, depuis l’éclatement de la guerre, une idée ingénieuse pour se mettre plein les poches. À chaque retrait d’argent, ils retiennent entre 3 et 10% du montant de la transaction. Pour les étudiants, il s’agit clairement d’une corvée supplémentaire.

« Ce phénomène nous affecte. Nous, étudiants dont les parents vivent loin de la ville, sommes dépassés par cette situation. Le contexte économique de la province est chaotique et malgré ça, nos parents font de leur mieux pour assurer nos frais académiques. A toutes ces peines s’ajoutent les couts supplémentaires des agents lors des retraits via Mobile money superposés au pourcentage que retient la plateforme lors de l’opération », déplore Victoire.
Du côté des opérateurs, l’on tente de justifier ces pratiques par les réalités du secteur, notamment la rareté des liquidités. Benjamin Maduga, tenancier d’un shop mobile money, se dit affecté par la fermeture des banques et le flux financier dans cette partie de la RDC.
« Nous sommes dans une région en proie à une grande guerre qui a obligé les banques à fermer. Donc, ces facturations en sont la conséquence. Les agents de Mobile money encaissent de l’argent dans leurs téléphones, il s’agit d’une monnaie électronique. Pour qu’ils puissent accéder au cash, ils envoyaient cette monnaie virtuelle aux banques, et depuis que les banques ont fermé, nous vivons cette conjoncture économique qui ne favorise pas ce circuit financier entre les échanges de monnaie électronique et le cash », se justifie-t-il.
Face à la fermeture des banques, les opérateurs de monnaie électronique de Goma sont parfois contraints d’avaler 240 kilomètres jusqu’à Beni, devenue chef-lieu provisoire et le El Dorado du Nord-Kivu. Mais pour beaucoup d’étudiants comme Victoire, ces explications ne suffisent pas, alors qu’ils voient leurs frais académiques s’effriter et devenir insuffisant.
Lucien SEBUKE